Cycle des bourgeonnements – Mars

De l’équinoxe de printemps aux premiers jours d’avril, tandis que les bouleaux et les aubépines bourgeonnent, que les saules et les peupliers portent leurs chatons comme des bijoux précieux, que les abeilles sortent d’hibernation, tu pourras recueillir l’eau de source enchantée, la purificatrice sève de bouleau; tu pourras récolter avec gratitude et discernement :

cresson, pousses d’orties, pousses et feuilles précoces d’épinards, primes roquettes, fleurs et feuilles de primevères, nouvelle ciboulette, romarin fleuri, jeune chicorée, brins de doucette, premières feuilles de lierre terrestre, violettes, pâquerettes et pissenlits. Le peuple des mousses pourra sans doute t’accorder : agarics à deux spores, pleurottes en huître, mousserons, marasmes des oréades, truffes du Périgord…

 

(c) Lalie Solune

 

Potage lutin de cresson

Chatouille une botte de cresson pour faire tomber ses mauvaises feuilles aigries. Profites-en, elle ne peut pas bouger… Fais chauffer un peu d’huile d’olive, ou du beurre si tu est un(e) incorrigible nordique, tu es chez toi, fais ce qu’il te plaira. Pendant que le cresson se marre, profites-en pour le passer à l’eau courante et le jeter sournoisement dans la marmite ; bouche-toi les oreilles quand il entre en contact avec la matière grasse brûlante. Au passage, colle-lui un couvercle aussi, on ne sait jamais. Avant, pendant ou après, ça te regarde, jette là-dedans une pincée de sel (du marin, du vrai, pas de bêtise, hein ?) et un peu de poivre. Laisse tout ça sur le feu un petit moment. Noie ensuite la mixture avec de l’eau pure et laisse la soupe cuire à couvert sur un feu très doux.

Utilise ton flair pour savoir quand c’est prêt et mixe avant de manger proprement et avec des croûtons.

*si le mixer te répugne ou fait trop de bruit dans ton immeuble à l’heure indue à laquelle tu manges, hache donc le cresson au couteau après l’avoir chatouillé… ça lui apprendra.

 

(c) Lalie Solune

Velouté de radifeuilles

Et avec les fanes des radis dégustés en accompagnement des muffins…

Triées et rincés, les vertes feuilles seront jetées sur une huile d’olive chaude où aura rissolé de l’ail pressé.
A couvert et doux petit feu, on les aura laissé fondre avant de les arroser d’eau de source et sel et poivre et sourire.
Tout cela ensuite va ploploter bien gentiment sous le couvercle, frémir tout doucement à l’abri, comme dans sa coquille d’œuf, celui d’avant la poule.
Puis, avec l’instrument qui te conviendra le mieux, tu mixeras le tout pour obtenir un velouté clairet et l’agrémenter de deux bonnes grosses cuillerées (mesurées chez moi à la spatule en bois)
de mascarpone diluées à feu moyen…

(c) Lalie Solune

Tarte aux vertes feuilles du printemps

Coupe trois oignons verts nouveaux en petits morceaux et hache grossièrement au couteau deux bonnes poignées de feuilles de radis bien lavées. Fais-les transpirer dans une huile végétale neutre (arachide ou tournesol) avec un peu de poivre noir. Fouette un œuf dans un grand verre de lait et mêle les légumes au liquide. Verse la garniture dans une pâte à tarte. 

Saupoudre d’un peu de fromage sec râpé (tomme de brebis, Parmesan…) et de trois généreuses pincées de safran. Confie cette tarte à ton four chauffé et réglé à 200° c. pendant une demie heure, en prenant soin de la couvrir au début de la cuisson afin que le safran ne sèche pas, mais en laissant l’air circuler pour ne pas qu’elle mollisse.

(c) Lalie Solune

Muffins au pollen

Muffins au pollen de fleur accompagnés de radis roses frais*

Effeuille dans un bol des pétales de soucis, la fleur qui suit le soleil.
Tamise 100 gr. de blanche farine mêle-la à 5gr. de poudre à lever.
N’oublie pas qu’il peut encore neiger…

Ajoute 125 gr. de ricotta et saisis-toi de deux œufs de poules qui ont gambadé gaiement à la percée des pissenlits.
Prends une épingle à grosse tête avec laquelle tu perceras un trou en haut de l’œuf et en bas, agite-le bien
et, maintenant, souffle pour en faire sortir le contenu. Patientes, le blanc est un peu difficile à faire sortir au début mais ça viendra et tu pourras ensuite garder les coquilles pour les décorer et les suspendre avec un fil.

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Mélange bien avec trois cuillère à café d’huile de ton choix, pour moi c’était un mélange arachide-olive.
Ajoute les pétales de fleur, râpe une bonne carotte avec une râpe à gros trous, mélange encore.
Saupoudre d’une cuillère à café de pollen de fleur.

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Répartis la pâte dans les six emplacements de ton moule à muffins et cuis à 180°c. pendant 20 minutes.
Sers tiède ou froid avec de la salade de jeunes feuilles, des radis et un vin blanc à caractère minéral, un aligoté par exemple.

Que le printemps déploie ses pétales !

(c) Lalie Solune

* Pour une utilisation des fanes de radis voir ici ou ici

Chair et chère

La question animale demeure : Tuer ? Ne pas tuer ? Manger ? Ne pas manger ?

 

À chacun selon sa conscience.

Reste à être clair sur les définitions : un végétarien est quelqu’un qui ne mange pas d’animal mort, quel que soit cet animal et quelle que soit la façon dont il est mort. Ceux qui ne mangent pas de produits issus des corps animaux du tout sont des végétaliens, ceux qui n’utilisent jamais aucun produit issu de l’exploitation des animaux sont des végans.

Pour ce qui me concerne, je ne suis pas végétarienne. Il m’est arrivé d’avoir des périodes plus ou moins longues de végétarianisme tout à fait assumé, ni plus ni moins, et ça m’arrivera sans doute de nouveau. J’aurais horreur d’un monde où règnent en maître absolus les végétariens, comme j’ai horreur d’un monde où règnent en maîtres absolus les viandards. Un juste milieu serait bienvenu, je trouve. Ne pas gaspiller, surtout quand il s’agit de la vie d’un être me paraît fondamental. Garder à l’esprit qu’un bout de viande a forcément été partie d’un être vivant me semble être le moindre des respects. Respecter cette vie de son vivant et au moment où on lui donne la mort par besoin ou nécessité en évitant le plus possible le faire souffrir, respecter cette vie en faisant en sorte qu’elle ne soit pas sacrifiée pour rien ou si peu, cela me paraît fondamental. Une pensée de gratitude pour l’animal qui a donné sa vie pour nous nourrir me semble être la moindre des choses.

L’Almanach se concentre principalement sur les divers végétaux cependant je n’exclue nullement la présence de la chair animale ni dans les indications saisonnières, ni dans les recettes.

À chacun selon sa conscience.

 

« Qui veut carnasser en conscience apaisée, doit avant tout remercier l’animal qu’il s’apprête à goûter ; une oraison pour son âme sera appréciée car vivant son esprit pourra rester et de ses ancêtres rejoindra la grande assemblée. »

Yannick et Laurence Germain Petit précis de cuisine elfique

Terroirs

Le but est ici de répertorier quand se récolte ce que nous donne la terre, ce dont nous nous nourrissons. Reste l’évidence suivante : un terrain familier vaut toujours mieux que de longs discours, et même que de brefs discours. Or, je ne suis pas à la campagne, je ne peux pas prétendre observer de façon suivie la vie des produits de la terre. Je me rapporte donc aux terrains que je peux côtoyer occasionnellement : la Bourgogne et la Bretagne, ce qui donne un ensemble climatique assez cohérent, ainsi que le sud-ouest et la méditerranée. Je tâcherai, chaque fois que c’est possible, d’indiquer le type de climat concerné.

Je n’exclus en aucun cas la cuisine d’autres régions du monde, mais si quelques recettes slaves, scandinaves, irlandaises, maghrébines, balkaniques, antillaises, moyen-orientales, et j’en passe… peuvent éventuellement pointer dans cet almanach, ma priorité quand aux récoltes restera axée sur ces régions.

À ceci s’ajoute cette réalité heureuse : les saisons ne sont pas des mécanismes d’horlogerie et la nature fait ce qu’elle veut (et ce qu’elle peut, aussi…) Un décalage plus ou moins important de une voire trois semaines peut toujours avoir lieu et peut aussi exister pour certains végétaux et pas d’autres au même moment. Mon choix est de donner les périodes d' »apogée » pour la récolte, tant mieux si c’est plus long parfois ou en certains lieux.

 (c) Lalie Solune

Ablutions et préparations

Chacun a ses “petits trucs” rituels avant de commencer une activité lorsqu’elle est plus ou moins régulière voire quotidienne, comme c’est facilement le cas avec la cuisine. Je me contente pour ma part en général de m’attacher les cheveux ou bien de les couvrir (pour ne pas qu’un cheveu tombe dans la nourriture), de me laver les mains avec un savon de Marseille naturel au miel ou aux plantes et de vérifier que mes ustensiles sont propres. Il m’arrive d’aimer aussi allumer une bougie en cire d’abeille ou mettre une musique particulière, me passer de l’eau sur le visage avant de commencer… c’est selon. Je n’en fais pas des lois. Je pense que la spontanéité est fondamentale.

Je sais qu’il y a des personnes qui considèrent qu’on ne doit pas cuisiner si on est de mauvaise humeur, dans un état d’esprit brouillon ou négatif car les mauvaises énergies passeraient dans la nourriture. Je n’ai pas d’avis arrêté sur la question. Ce que j’ai simplement remarqué jusque là c’est que l’activité elle-même peut provoquer une rupture lorsque ça ne va pas et que la mettre en place permet souvent de passer à autre chose. Sans compter que pétrir la pâte, par exemple, est une activité qui fait vraiment tourner les énergies, selon moi au meilleur, un moment magique comme l’a écrit Lune.

La préparation elle-même aide à garder l’esprit tendu vers un but de partage et de bien-être, de garder conscience de l’inter-relation entre nous et notre environnement, de l’union infrangible du corps et de l’esprit. C’est, à mon avis, cela le plus important.

 (c) Lalie Solune

 

Almanach de cuisines sorcières

Pourquoi « sorcières » ?

Connaître les rythmes naturels autant que faire se peut, honorer la terre nourricière en respectant ces rythmes, en collaborant le moins possible à l’exploitation irresponsable et à courte vue. Rendre à la terre, chaque fois que c’est possible, en la remerciant, ce qu’elle nous a donné et que nous n’utilisons pas. Elle saura très bien, elle, qu’en faire. Lui faire confiance.

Remettre chaque graine en terre.

Tisser entre ce que nous partageons avec les autres, ce que nous nous donnons à nous-mêmes, ce que nous nous donnons les uns aux autres, tisser entre les aliments, leurs destinations et leur origine un lien sacré.

Voilà pourquoi.

(c) Lalie Solune

 

Circadismes et spirales

La conception linéaire du temps nous est bien utile. Elle permet de mettre à plat ce qui ne l’est pas, de le décrire plus facilement. Ce qui est vivant n’est, par définition, pas immobile. La vie est faite de mouvements et je suis intimement persuadée que la perception du temps passe par celle du mouvement- du temps tel que nous le connaissons ici, dans cette vie qui est la nôtre, bien entendu.

Un Almanach décrit le déroulement de l’année, à l’instar d’un calendrier. Il faut donc bien prendre un point de départ et un point d’arrivée. Et il sera nécessairement arbitraire. Le temps n’a en réalité ni commencement ni fin. L’année fini et commence sans cesse, en permanence…

Par choix personnel, je commence cet almanach à l’équinoxe de printemps, au temps des germes qui sortent et des bourgeonnements. Que vos saisons soient bénéfiques !

 (c) Lalie Solune